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COVID-19, Quel rôle pour les jeunes ? (Tribune de l’Observatoire Jeunesse d’Oxfam-Quebec

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DETAILS

  • Depuis le 11 mars 2020, date à laquelle l’Organisation mondiale de la santé a déclaré que l’éclosion de la COVID-19 était considérée comme une pandémie, le monde a été chamboulé. L’Observatoire jeunesse d’Oxfam-Québec (OJOQ), comité consultatif composé de 17 jeunes de 16 à 35 ans contribuant à la réflexion et aux interventions d’Oxfam-Québec sur la jeunesse, se préoccupe de la place des jeunes dans la crise. Tenant compte de cet objectif, l'OJOQ a produit le présent article dans le but de présenter les effets des inégalités sur les jeunes au Québec et à travers le monde et de mettre en lumière leur implication dans la lutte contre la COVID-19.

     

    Des impacts multiples et différenciés sur les jeunes

     

    La pandémie a des impacts spécifiques sur les jeunes : ceux-ci sont de nature sociale, économique et psychologique. Représentant plus du quart de la population mondiale, la jeunesse englobe le large bassin des personnes de 16 à 35 ans. Étant un groupe hétérogène tout comme les autres tranches d’âge de la société, les jeunes ont des origines, des croyances et des orientations sexuelles diverses, vivent ou non avec un handicap et proviennent de toutes les classes sociales. La pandémie les affecte de différentes façons: tous les jeunes sont affecté.e.s par la crise de la COVID-19 et leur niveau de vulnérabilité dépend de leur identité et d’une combinaison de facteurs plus ou moins aggravants. Pensons aux jeunes des communautés autochtones, où les infrastructures de santé déficientes et la pénurie de logements empêchent l’application des mesures de distanciation physique et d’hygiène. Les jeunes femmes sont aussi plus exposées au virus, puisqu’elles sont surreprésentées dans le domaine de la santé et des services sociaux. Quant aux jeunes en situation de handicap ou ayant des besoins particuliers, leur système de support est affaibli, ce qui porte atteinte à leur bien-être. Pour ce qui est des communautés asiatiques, certains jeunes ont subi du racisme et ont peur de sortir dans leur quartier. Évidemment, ces impacts et ces facteurs de vulnérabilité varient d’un pays à l’autre.

     

    Même si le virus cause moins de complications de santé chez les jeunes que dans le reste de la population, cela n’empêche pas que des impacts sociaux importants engendrés par la crise se profilent à long terme. D’abord, son impact sur les systèmes d’éducation affecte de manière disproportionnée les jeunes à risque de décrochage. On observe également un recul de l’accès à l’éducation pour les filles mondialement. De plus, dans plusieurs communautés défavorisées, les jeunes dépendent du milieu scolaire pour assurer leur sécurité alimentaire. Les jeunes confinés sont également plus à risque de souffrir de violence domestique dans le contexte actuel, ce qui peut avoir d’importantes répercussions sur leur développement. À cela s’ajoute qu’une grande partie des services sociaux pour la jeunesse ont réduit ou arrêté leurs activités, laissant plusieurs jeunes en situation de vulnérabilité sans ressources. Des jeunes en situation d’itinérance au Québec n’ont plus accès à des centres d’hébergement en raison du confinement, ce qui les expose à des contraventions exorbitantes.

     

    La COVID-19 a des impacts économiques particulièrement importants pour les jeunes, car celles-ci et ceux-ci sont surreprésenté.e.s dans les emplois précaires et à basse rémunération, notamment dans l’économie informelle, ainsi que parmi la population sans emploi. En effet, les trois quarts des jeunes à l’emploi dans le monde travaillent dans l’économie informelle et le taux de chômage des jeunes est trois fois plus élevé que celui des adultes. Ayant peu d’économies pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille jusqu’à la fin de la crise, elles et ils sont vulnérables à des pertes de revenu et d’opportunités d’emploi, et peuvent s’engager dans des activités à risque. Les jeunes sont également surreprésenté.e.s dans les emplois de service à la clientèle : la vaste majorité des jeunes travailleurs.ses québécois.e.s occupent un emploi dans ce secteur durement touché par les normes d’hygiène et de distanciation sociale. Enfin, les programmes d’assistance financière pour les citoyen.ne.s sont rarement pensés pour répondre aux besoins des jeunes, ce qui limite leur applicabilité dans l’immédiat.

     

    La pandémie a également des impacts psychologiques : c’est une énième crise sociale à laquelle les jeunes sont confronté.e.s. Citons la récession de 2008, la crise des migrants, l’urgence climatique, etc. Les conséquences de ces crises successives chez les jeunes sont notamment une perte de confiance en les institutions due à leur manque de proactivité, d’agilité et de transparence, ainsi qu’à la politisation des débats. Une autre conséquence est une angoisse grandissante par rapport au futur, laquelle se traduit par un taux de fertilité en baisse. Cette crise est différente des précédentes puisque certain.e.s dépeignent les jeunes comme insouciant.e.s et responsables d’une propagation accrue de la COVID-19. Cette perception contribue au cynisme ambiant et à une désolidarisation des jeunes face au reste de la société, principalement envers les générations précédentes.

     

    La pandémie a donc de multiples impacts sur les jeunes, lesquels sont exacerbés par les différents facteurs de vulnérabilité et d’exclusion existants. Il est important de mener une réflexion de fond sur ces inégalités, maintenant comme dans l’après pandémie.

     

    Les jeunes comme vecteurs de changement, pas de contagion

     

    Bien que la COVID-19 ait plusieurs impacts sur les jeunes, ces derniers ne sont pas passifs face à cette pandémie. La jeunesse s’est mobilisée de multiples façons partout sur la planète : il est crucial de souligner sa participation dans la lutte et de rappeler que les jeunes sont avant tout des vecteurs de changement plutôt que de contagion.

     

    Sur le continent africain où les jeunes représentent près de 60% de la population, les initiatives de la jeunesse pour limiter la propagation de la COVID-19 se multiplient, et ce, en grande partie de façon bénévole. Au Niger ,et au Sénégal des jeunes ont mis en oeuvre des initiatives pour sensibiliser la population sur la pandémie en utilisant des plateformes en ligne innovantes. Au Togo, au Sénégal et au Cameroun, la jeunesse contribue à l’effort de prévention en fabriquant des produits d’hygiène sanitaire pour le grand public et du matériel technologique utilisé par des spécialistes de la santé. Puis en Asie et dans les Amériques, des jeunes offrent des repas aux professionnel.le.s de la santé aux plus démuni.e.s et des étudiant.e.s et jeunes professionnel.le.s parcourent les rues pour sensibiliser la population à la COVID-19 et aux saines habitudes de vie.

     

    Au Québec, on observe également une mobilisation chez les jeunes. Celles et ceux issu.e.s du domaine de la santé s'efforcent tant bien que mal de mettre la main à la pâte. Or, ce groupe est parmi les derniers à être sollicités en renfort. Lors d’un entretien avec l’OJOQ, des jeunes bénévoles du quartier Saint-Michel, à Montréal, ont expliqué comment ils s’organisent, avec l’appui du Forum Jeunesse de Saint-Michel, pour préparer des paniers de vivres pour des banques alimentaires, faire l’épicerie des aîné.e.s et encourager les jeunes du quartier à rester à leur domicile. Certains, comme Laurent, gérant de restaurant, et Gloria, avocate, organisent des journées de bénévolat par l’entremise des Jeunes Alliés de Moisson Montréal afin d’inciter les jeunes professionnel.le.s à participer dans la lutte contre l’insécurité alimentaire accrue en temps de crise. À Montréal-Nord, des jeunes distribuent des trousses sanitaires et sensibilisent la communauté. Plusieurs dans la communauté se sentent oubliés par les autorités sanitaires et ont voulu mettre de l’avant des solutions eux- mêmes.

     

    Également très actifs, les regroupements jeunesse, les associations étudiantes et les ailes jeunesse des partis politiques québécois et canadiens invitent à briser l’isolement et à poser des gestes concrets comme aller donner du sang. De plus, l’implication d’athlètes comme Joannie Rochette et Laurent Duvernay-Tardif est révélatrice de l’engagement des jeunes dans la lutte contre la maladie. Soulignons également les artistes du Québec, tels que Coeur de pirate et Adib Alkhalidey, qui se mobilisent pour répondre à l’invitation du premier ministre du Québec et invitent les jeunes à propager l’information plutôt que le virus. Il est alors bien clair que les jeunes doivent être considéré.e.s comme une partie intégrante de la solution et non pas comme les maillons faibles de la collectivité. Il est temps de reconnaître l’implication essentielle des jeunes ainsi que leur capacité d’innovation et de mobilisation dans la réponse à cette crise, mais également pour surmonter les nombreux défis à venir.

     

    L’après-COVID-19

     

    La pandémie est également un moment pour réfléchir à l’après-COVID-19. Cet arrêt drastique de l’économie et des mouvements au niveau planétaire dévoile l’impact de nos comportements sur la planète et sur notre écosystème, mais aussi les multiples inégalités à travers le monde. La crise sanitaire nous force à réfléchir sur la viabilité de notre société capitaliste et particulièrement les conditions et les rapports de production. Une reprise de notre mode de vie, nous le savons, ne peut plus être soutenue par les écosystèmes. La réouverture économique représente un moment opportun pour mener une transition juste et écologique pour renforcer notre résilience. Ces derniers mois ont montré que les gouvernements ont la capacité de se mobiliser pour faire face à une crise sans précédent, ce qui donne espoir quant à nos chances d’aplanir la courbe des changements climatiques.

     

    Le message de la jeunesse à travers le monde est donc clair. Des changements concrets et immédiats sont nécessaires pour bâtir une société fondée sur la justice sociale et le respect de l'environnement. Les jeunes générations sont celles qui vivront les soubresauts de ces crises, il est donc primordial qu’elles participent pleinement à l’élaboration de cette transition inévitable. En tant que vecteurs de changements, les jeunes doivent contribuer à la réflexion sur cette transition juste et écologique pour défendre et mettre de l’avant leur vision d’un monde résilient et solidaire.

     

    Si vous désirez contribuer à l'action d'Oxfam-Québec, vous pouvez signer cette pétition adressée au gouvernement canadien.